Points-clés de la recherche

Pour mieux présenter le projet, est retranscrite ci-dessous la prise de parole de Vincent Liquète, Professeur en SIC à Université de Bordeaux et directeur adjoint à la formation de l’ESPE, durant la journée de lancement du programme P@trinum, DRAC de Bordeaux, le mercredi 28 septembre 2016. Cinq points majeurs y sont mis en avant :

• 1) D’abord, n’omettons pas que sans une politique active de production de ressources culturelles en Aquitaine, déjà plus ou moins médiées et travaillées pour être destinées aux jeunes, aux élèves, aux enseignants et plus largement aux citoyens, P@trinum n’aurait pas eu de raison d’exister. C’est grâce effectivement à une politique de production de ressources, que la question de la médiation et de la valorisation des ressources mérite dès lors d’être posée. L’analyse de l’existant en vue de son amélioration revêt un véritable sens social et culturel.

• 2) Penser la médiation des savoirs par les ressources, c’est également réfléchir à comment mieux produire, davantage didactiser, amplifier les stratégies de médiation des ressources et au-delà des savoirs en contexte d’usage. La médiation des ressources reste une voie méritant encore d’être interrogée pour renforcer l’accès à des savoirs académiques parfois encore difficile voire complexe à atteindre pour un non spécialiste ou un non expert.

• 3) P@trinum est inscrit sous le symbole et la volonté d’une recherche en lien direct avec les activités des enseignants et orientée en recherche-action. Les deux dernières décennies se sont centrées sur des recherches davantage techniques, sur les interfaces et le design des ressources, sur l’optimisation des accès ; trop de développement, de déploiement de ressources, de proposition de bains culturels reposent sur des représentations mentales des usagers par les concepteurs, plus que sur des démarches et des modalités d’accompagnement, d’observation, de compréhension des usages effectifs, analysés et compris. Les travaux sur la question de l’accessibilité via le web par exemple nous montrent une réalité encore cruelle entre les logiques des développeurs et celles des usagers.

• 4) Enfin, le rapport au patrimoine via les œuvres et leurs offres numériques. Très longtemps, les sciences humaines et sociales, dont les sciences de l’information et de la communication, se sont centrées principalement autour de deux approches que nous rappellerons. D’une part, l’approche sémiologique, apprenant aux élèves, étudiants, novices à regarder et décrypter une œuvre, à disséquer la technique de réalisation, à interpréter pour comprendre les niveaux de message et les systèmes d’intention des artistes. D’autre part, plus récemment depuis les années 1980, l’approche orientée usagers (AOU) qui de son côté, a consisté à analyser le plus précisément possible les activités, les pratiques, souvent d’ailleurs davantage déclarées par les acteurs qu’effectives. L’AOU laisse cependant entendre que toute activité repose sur des systèmes d’intention et de pratique conscientisés. Depuis quelques années, les recherches en sciences humaines et sociales constatent cependant les limites de ces approches qui se centrent trop sur l’œuvre d’un côté ou sur l’usager de l’autre. Or les approches compréhensives de la complexité du rapport « œuvre-technique-usager », nous obligent, vous obligeront, à penser les ajustements, les décalages, les incompréhensions, entre les logiques de l’artiste ou du producteur, les médiateurs des œuvres, et l’usager. P@trinum me semble vouloir épouser une approche comparée et compréhensive tentant d’analyser des situations multidimensionnelles, utiles à décrypter avant de préconiser.

• 5) Pour terminer, la force de P@trinum est de vouloir également convoquer et associer les professionnels de l’éducation, en tentant de dépasser le seul recueil de données scientifiques, mais pour améliorer les productions et l’accompagnement de ces ressources numériques mises à disposition des publics. Vous convoquez ainsi à nouveau les approches par recherche-action permettant un retour constant sur la pratique enseignante et des médiateurs en vue de l’améliorer et de la mettre en plus forte cohérence avec les offres produites et mises à disposition.

Dès lors, je vous souhaite une bonne journée de réflexion, plus largement une bonne route pour ces prochains mois, à l’occasion de ce grand rendez-vous entre spécialistes des sciences de l’information et de la communication, de la pédagogie, des actions culturelles et force est de constater que nous sommes toujours plus intelligents à plusieurs que seuls. Merci de votre attention.